LES FOURBERIES DE SCAPIN
Un Molière qui fait feu de toutes armes, entre commedia dell'arte, dessin animé, clowneries et farce à la française, le tout forgeant une scène originale et populaire orchestrée par Delphine Bougard, à la tête de sa Compagnie de la Sonnette depuis une dizaine d'années.
Dans ce spectacle irrésistible, le rire surgit sans failles mais bien dosé, il laisse affleurer l'inquiétant, le doute, notamment dans le jeu sobre du Scapin de Carlo Ferrante.
Un Molière qui s'anime en bruitage, rehaussant à vue l'action au travers d'une panoplie d'instruments fous dont s'emparent les comédiens, mais aussi dans les chansons en clin d'oeil anachronique. Et quelle richesse scénographique en machines de voiles et de toiles pleines de surprises, qui structurent l'espace en tous sens!
MICHÈLE FRICHE - LE SOIR
Scapin fougueux en Festival pas fourbe
Riches rencontres et découvertes émailleront le Festival au Carré, à Mons. La Compagnie de la Sonnette a planté ses tréteaux dans la Cour avec luminosité. Commedia aussi fine que généreuse.
Clap quatrième au Carré des Arts à Mons! Le Festival au Carré revient y répandre sa programmation joyeusement et hautement éclectique quinze jours durant. Au vu du panel de créations, de styles, de disciplines, d'origines - bref de surprises! - qu'elle comporte, l'on aurait tort de se priver!
La qualité se trouvait donc bien au rendez-vous de ces premiers jours au Carré: HLM et Musiques Nouvelles - comprenez Steve Houben, Charles Loos et Maurane - ouvraient mardi le feu avec intensité et succès escompté.
Mercredi, place au théâtre dans ses premières... Et la Compagnie de la Sonnette de frictionner la Cour de ses chaleureuses couleurs. Certes, les caprices de dame nature ne pouvaient pas nous maintenir de glace devant cette générosité, peinte en commedia dell'arte de haute voltige!
Pour célébrer ses dix ans de théâtre populaire, la compagnie se devait de se frotter aux trames de Molière. Ce qu'elle réussit ici fort bien. L'on en retrouve son âme d'enfant devant la forme finement ludique que revêtent ses «Fourberies de Scapin». Pantomimes, bruitages, mouvement aiguisé, jeu clownesque et caricaturiste, chansons, trouvailles fantaisistes filent un ensemble très cohérent, convaincant et amusant. Le masque y trouve un rare et juste rôle, placé à bon escient. En équilibre, la caricature ne déborde pas du cadre dans lequel elle se pose. Elle n'en reflète que davantage les contradictions humaines dont Molière croque si spécifiquement les contours...
Sur ressorts...
La pièce est montée sur ressorts, servie sans faille par l'énergie et l'enthousiasme d'une dizaine de comédiens. Sous la houlette - et l'oeil avisé - de la trépidante Delphine Bougard, les deux fistons - les enlevés Julien Collard en Octave et Frédéric Nyssen en Léandre - manipulent leurs papas respectifs - Arnaud Van Hammée en imposant Argante et Manu Mathieu en percutant Géronte - avec une saveur jubilatoire. Vecteur de ces arnaques, le Scapin «une main sur votre coeur, une autre sur votre gain» de Carlo Ferrante est attachant et tout aussi réjouissant. L'histoire amène Ludmilla Klejniak à se révéler surtout vers la fin: sa Zerbinette offre alors une très belle surprise! Elisabeth Mouzon excelle également dans le décalage; qui d'ailleurs habite chacun des acteurs. Et Bertrand de Wolf, plus discret en Silvestre, complète la distribution avec talent. Pascal Charpentier (musique), Maurice Sendrowics (paroles), Xavier Lauwers (lumières), Manou Lemaire (costumes)... constituent aussi, et entre autres, des artisans de poids dans l'oeuvre ici rendue.Et devant la perfidie de notre monde actuel tant en proie à la manipulation, à la désinformation, à la trahison (à petite et grande échelle), la Sonnette atteint son but en plein: «ne plus croire tout et n'importe quoi et se réveiller un moment de cette torpeur dans un éclat de rire».
Alors, courez vous y réveiller. À noter bien sûr qu'il n'y a pas d'âge pour savourer la comédie d'intrigue!
SARAH COLASSE - LA LIBRE BELGIQUE